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Juil-2017

Lettre #2 : Lettre à Pierre

Lettres   /  

Photo lâchement (mais légalement) piquée sur Pexels.com – Parce qu’évidemment aucun de nous deux à penser à en prendre une…

 

Guadeloupe, Le 16 juin 2017

 

Cher Pierre,

Je n’ai aucune idée de comment commencer cette lettre, ni même à quel temps l’écrire, alors je vais juste me lancer.

Tu sais, quand je t’ai dit que je te préférais à tous les concerts de Ben Mazué et que je t’ai parlé de cette phrase que j’ai surlignée dans le livre d’Alexandre Jardin !? La phrase disait : ‘’Je n’ai jamais rencontré personne pour qui l’amour soit tout.’’ Et je crois que c’est mon cas. Si j’embrasse d’un regard toute ma vie, je me rappelle peu de moments aussi heureux que lorsque j’ai été amoureuse. L’Amour a toujours représenté pour moi une forme singulière de joie, absolue, qui fait perdre à la fois le sommeil et la logique.

Pourtant, je me demande si l’amour, et plus précisément le fait d’aimer, est vraiment bon pour moi. Je pense que je suis beaucoup trop sensible pour me permettre de réellement aimer quelqu’un. Je crains sincèrement d’en mourir. Alors depuis quelque temps maintenant, j’essaye de me convaincre que je vis mieux seule et qu’aucun homme ne pourra jamais me compléter. Et jusque-là, ça marchait plutôt bien. J’étais peinarde toute seule ! J’étais forte, sûre de moi, je progressais sur cette voie qui me plaisait. J’étais parfaitement épanouie. C’est te dire si notre rencontre me surprend.

J’imagine me réveiller à tes côtés, tes longs cheveux en bataille et ton demi-sourire à se damner. Je crois qu’il n’y a pas d’évènement capable de me rendre plus heureuse. J’en arrive à me demander si tu existes vraiment, ou si c’est mon imaginaire qui t’a créé. Peut-être n’es-tu qu’un leurre ? Un piège dans lequel j’ai sauté, les deux pieds joints. Tu remets beaucoup de mes choix en cause, et maintenant je doute de tout, je doute de moi, j’ai l’impression que toute activité qui n’est pas directement liée à toi n’a pas raison d’être. Je passe mon temps le nez en l’air, à me rappeler la façon dont le coin de ta bouche remonte quand tu souris.

Peut-être que ça faisait trop longtemps que je n’avais pas rencontré quelqu’un ? Je veux dire, une vraie rencontre. T’écouter me raconter tes histoires de tortues, et penser qu’il n’existe absolument rien de mieux à faire. À vrai dire, c’est rare qu’un homme arrive jusqu’à moi. Je passe la moitié de mon temps la tête dans mes ordinateurs ou mes livres, et l’autre sur les routes, seule, et tellement loin de l’idée d’avoir des rapports. Je suis difficile à atteindre, difficile à séduire, difficile à aimer… Notre rencontre a été pour moi viscérale, ahurissante.

J’admire l’homme que tu es, si calme et si maître de toi, au bon milieu de notre époque bruyante. J’ai l’impression que tu as tout compris, peut-être bien mieux que moi-même. J’aime chacun de tes cheveux, tes lèvres dont je devine la douceur, tes grains de beauté sur le ventre. Tout tes traits emplis de délice. Je crois que rien ne peut contredire ta beauté, pas même ton nez. Tu sais quoi ?! Même ton prénom, j’aurais pu m’y faire.

Quand je pense à toi, la première chose qui me vient en tête, c’est la façon dont tu défais tes cheveux. Je pourrais écrire un livre complet sur eux et les gestes mécaniques que tu leur attribues. Tu es captivant, addictif et d’une rare qualité. En gros, tu es à l’homme ce que Breaking Bad est aux séries télévisées. Mon dieu, que cette comparaison est belle ! Tu ne me connais pas assez pour le savoir, mais elle vaut tous les hommages, sortie de ma bouche de geek.

Je sais depuis longtemps qu’un seul regard peut être les prémices d’une grande histoire d’amour. Je suppose que c’est ça qu’on appelle ‘’coup de foudre’’ finalement. Cet instant où l’on se dit « Ok. C’est lui. Il ne m’aura fallu qu’une demi-seconde pour le savoir, mais lui et moi, on va faire un bout de chemin ensemble ». C’était sans compter l’intransigeance de nos vies nomades.

Ce matin, mes pensées s’évaporent aussi vite qu’elles se forment et j’ai du mal à suivre le fil d’une conversation. J’ai une vague de trente mètres à l’âme. Le retour à notre réalité est brutal. Je hais la peur qui emprisonne notre rencontre, et ton inéluctable nécessité à la stopper net.

S’abstenir, ou s’aimer jusqu’à ce que l’océan nous sépare. Je crois que, l’un comme l’autre, on commence à avoir l’habitude de choisir le moindre des deux maux. Ton choix me fait de la peine, mais je le comprends. J’aurais juste aimé vivre cet état d’hypnose amoureuse un peu plus longtemps. Mais la vérité c’est que je le savais à l’avance comment les choses se passeraient entre nous. Comme dit Beigbeder : ‘’J’en veux aux histoires d’amour d’être si prévisibles.’’ Et la nôtre ne dérogera pas à la règle.

J’ai peur que cette passion que je nourris pour la route, la solitude et la liberté finissent par me rendre malheureuse. Elle est déjà la cause de nombreuses de mes peines de cœur. J’ai peur que cette vie-là s’épuise un jour. Je crois que j’aurais voulu être importante pour toi. En me réveillant, en plus de ton message, j’en ai reçu un autre d’un ‘’fan’’ me disant quelle chance j’avais de voyager. J’ai failli m’éclater la tête contre le mur. Au fond, toute mon existence n’est qu’un seul conflit de contradictions toujours nouvelles.

Je me console en me rappelant le parti-pris des plus grands passionnés de ce monde, ils affirment que l’amour fantasmé vaut bien mieux que l’amour vécu. Des fois, je leur donne raison. Est-ce qu’on aurait osé s’aimer si notre histoire n’avait pas été compliquée ? Le couple d’aujourd’hui me fait peur : on tombe amoureux sans raison, en une demi-seconde, et on se lasse tout aussi vite, lâchement. Je me dis qu’au moins, notre histoire manquée aura ça de joli : on ne se séparera jamais.

 

Avec mes sentiments les plus fort et les moins explicables,

Sarah

 

PS : On nous avait prévenus…

Le temps d’apprendre à vivre il est déjà trop tard
Que pleurent dans la nuit nos cœurs à l’unisson
Ce qu’il faut de malheur pour la moindre chanson
Ce qu’il faut de regrets pour payer un frisson
Ce qu’il faut de sanglots pour un air de guitare
Il n’y a pas d’amour heureux.’’

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11 Commentaires sur "Lettre #2 : Lettre à Pierre"

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Jessica
Invité

Courage l amour c est beau! Au fond soyons recinnaissant de pouvoir le vivre..Et jour on fera pour que cela dur! 😀 ♡♡♡

Claire
Invité

Je suis obligée d’avouer que cette « lettre » est bien écrite. Et c’est sûrement ce qui m’intéresse à te suivre. Mais pas seulement, je crois que la psychologie, si j’ose utiliser ce « grand » mot, autour de ce que ton voyage seule, en tant que femme, sussite…
J’aurais peut être parfois aimé en discuter de vive voix avec toi, mais ma vision aujourd’hui de l’amour en voyage est à l’exact opposé de la tienne je crois…

PIZARRO
Invité
facile à dire, moins à intégrer, l’amour est hors de l’attachement, de la possession et du calcul, et nous en faisons tous les frais en tant qu’êtres humains encore conditionnés, même quand on s’est déjà délivré de beaucoup de paquets et de bcp de peurs, nous avons cette propension à croire que nous sommes séparés quand l’autre est loin de nous, qu’il nous a quitté, mais au fond, c’est le difficile apprentissage du véritable amour, celui d’être complet en soi, et que l’autre soit uniquement la cerise sur le gâteau, non un besoin fondamental dans notre existence en présence physique,… Read more »
PIZARRO
Invité

et j’ajouterai (à mon commentaire ci-dessous) que ton témoignage me touche bcp car je suis passée par là encore récemment ! 😉

Magalie
Invité

Mon dieu que c’est beau ! « Je me dis qu’au moins, notre histoire manquée aura ça de joli : on ne se séparera jamais. » Wouha !

PIZARRO
Invité

Ben oui, tu peux emmener ton chéri partout avec toi, et même lui parler ! 😉

mati
Invité
 » L’aube où se dénouent les étreintes est pareille à l’aube où meurent les révolutionnaires sans révolution. L’isolement à deux ne résiste pas à l’isolement de tous. Le plaisir se rompt prématurément, les amants se retrouvent nus dans le monde, leurs gestes deviennent soudain ridicules et sans force. Il n’y a pas d’amour possible dans un monde malheureux. La barque de l’amour se brise contre la vie courante. Es-tu prêt, afin que jamais ton désir ne se brise, es-tu prêt à briser les récifs du vieux monde? Il manque aux amants d’aimer leur plaisir avec plus de conséquence et de… Read more »
Simone
Invité

Wahou ! Cette lettre m’a parlé car je suis celle qui reste pendant que lui part prendre la route. J’aurais voulu, égoïstement, qu’il m’aime assez fort pour me demander de l’attendre, de venir avec lui ou même de ne pas partir. J’ai peur qu’il aime ce mode de vie, et de ne pas le revoir.
Qui sait ? Peut-être un jour, j’aurais moi aussi le courage de partir et que je le recroiserai à l’autre bout du monde. Mais la solitude … Aahhh.
Tendrement à toi Sarah.

Hélène
Invité
Ta lettre résonne dans tout les parcelles de mon corps. Parce qu’on a tous aimé, souffert, tremblé pour cette personne si spéciale… Parce qu’on a tous en nous cette contradiction devant la vie: le paradoxe de la pirogue et de l’arbre, ou ce besoin insatiable de voyager et découvrir le monde face à celui de s’enraciner et d’accepter d’aimer vraiment, pour de bon, pour longtemps. Et plus on voyage, plus la peur de se poser est résurgente autant que son besoin fait écho dans notre âme. Voyager c’est peut-être une dose de courage au début, lorsqu’il faut partir, mais ensuite… Read more »
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