Sarah

Et il y a ces gens qui rêvent les yeux grands ouverts, ceux qui aiment toujours trop fort, qui collectionnent des objets étranges, qu’un détail peut occuper pendant des mois, ces gens dont les anecdotes sont tellement absurdes qu’on les espère inventées. Ceux qui n’en font qu’à leur cœur. Ces gens-là, c’est moi.  Je crois que j’ai toujours fait partie des excessifs, des furieux, des ravagés. Le jour où j’ai décidé de voyager, je l’ai fait avec ma démesure habituelle.

J’avais vingt ans lors du premier départ. Aucun diplôme, pas de permis de conduire ni de logement fixe. Pas d’argent à la banque ou de projet rentable à long terme. Pour n’importe quelle personne posée, j’étais l’exemple parfait de la branleuse irresponsable, de la hippie qui se mordra les doigts plus tard. J’accepte sereinement la critique. Il faut dire que j’ai raté avec brio chaque étape de la « to-do list » que la société nous impose. On ne peut pas dire que j’ai vraiment essayé. D’abord, pourquoi ? Au nom de la bienséance ? Ou alors pour la sécurité ? J’ai appris que je peux compter sur moi, et même sur des inconnus. Elle est là ma sécurité.

On me demande souvent à quel moment cela m’a pris. Comment ? Et pourquoi ? J’ai du mal à remettre les événements dans l’ordre. Un jour, j’ai traversé huit-cent kilomètres sur un coup de tête, et je ne suis jamais vraiment rentrée. Tout s’est enchaîné; les rencontres, les inspirations, les réflexions, puis les kilomètres. Aujourd’hui, cela fait six ans que j’ai quitté mon job et mon appartement pour voyager. Depuis, j’ai parcouru l’Europe sans argent, passé des mois en Norvège, traversé le lac Baikal à pied et la Russie en train, rencontré des nomades en Mongolie, j’ai pris le temps de découvrir les Philippines, de traverser l’océan Atlantique à la voile, l’île de la Dominique à pied, j’ai organisé une mission humanitaire avec les Sea Shepherd, crapahuté dans les Balkans, acheté et retapé un petit bateau rouge nommé Dune… Un itinéraire brouillon, la moitié du globe en auto-stop, les cheveux en bataille et un petit sac à dos. J’ai parcouru des dizaines de milliers de kilomètres pour briser ce carcan qui m’étouffait depuis des années. Pour ne plus avoir peur.

J’ai filmé mes premiers voyages, photographié les suivants, et en 2017, presque par accident, je suis tombée sur l’écriture. J’ai créé « L’aventurière fauchée » pour publier mes textes et partager mes sentiments inhérents à la vie nomade. Et puis l’écriture m’a portée plus loin, l’année suivante a été publié Petite, mon premier roman. Grâce à lui, j’ai rencontré mes lecteurs et eu la chance partagé mon expérience dans les écoles, en essayant de transmettre ma passion, de planter des petites graines.

On en est là. Sarah, vingt-six ans, une quête permanente, un sac à dos et un stylo comme garde-fou.

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