Rechercher sur le blog:
12
Juin-2017

FAQ – Je réponds à vos questions

Teaser 2015

Foire Aux Questions

Vous êtes de plus en plus nombreux à me poser des questions sur le voyage sans argent, sur mon choix de vie nomade et mes astuces en voyage. Je vous remercie de votre confiance et de votre intérêt : j’en suis fière et heureuse. J’ai décidé de créer cette FAQ parce que certaines questions reviennent souvent, et je trouvais  intéressant de les lister. Si quelque chose n’est pas clair ou qu’il vous faut d’autres informations, n’hésitez-pas à me contacter.

Présente-toi : qui es-tu ? Quel âge as-tu ? D’où viens-tu ? Où vis-tu ?

Je m’appelle Sarah Gysler, je suis née en 1994 et donc j’ai 22 ans pour quelques semaines encore. Je suis originaire de Lausanne en Suisse, où j’habite quand je ne suis pas sur la route.

Photo prise sur Walden, mai 2017

Je suis quelqu’un d’assez normal dans le fond. Si vous voulez des informations pas du tout intéressantes sur moi, cliquez ici.

Que faisais-tu avant de voyager?

Je suis partie pour la première fois à 19 ans, il n’y a pas vraiment eu d’avant. Je n’ai pas de diplôme, pas de métier précis, j’ai fait plein de choses différentes… J’ai travaillé comme secrétaire, dans le piercing, le commerce, les sondages, les assurances, avec une petite fille handicapée, dans le web design, dans un bar… C’est le voyage et l’aventure ma passion, et j’espère en faire ma profession un jour. Non, il n’y a pas vraiment eu d’avant.

Pourquoi avoir choisi de voyager ?

Ma vie de nomade est née d’un déclic que j’ai eu lors de ma vingtième année. Je me suis rendu compte que je ne menais pas l’existence que je voulais. Je passais mon temps à travailler et à étudier, à recommencer chaque matin la journée de la veille. Tout ce que je faisais ne naissait pas d’une réelle envie, mais d’un besoin de stabilité financière et sociale. Ça a tenu un moment, mais je crois que c’était écrit : je suis trop exigeante, trop curieuse et trop lucide pour laisser reposer ma vie sur ces fausses sécurités.

Le voyage m’a semblé être le plus juste, absolu et intime des professeurs de vie. J’ai compris que pour découvrir le monde, pour me trouver moi-même, il fallait que je parte.

J’ai écrit un article plus complet sur ce choix, vous pouvez le retrouver ici : pourquoi j’ai choisi le voyage

Pourquoi voyager sans argent ? D’où l’idée t’est-elle venue ?

L’idée m’est venue d’un imprévu lors d’un séjour dans le Sud de la France. J’étais partie pour quelques jours dans les environs de Toulouse. Au moment de rentrer chez moi, on m’a volé mon sac à dos. Je me suis retrouvée seule, sans argent, sans papiers, sans rien. Il a fallu que je rentre en stop chez moi, près de 800 kilomètres plus loin. Je n’avais jamais vraiment voyagé avant ça, jamais seule non plus ; j’étais morte de peur. Mais au final, l’expédition s’est bien passée. Beaucoup de gens me sont venus en aide et j’ai goûté au bienfait de la gratitude, qui pour moi, personne plutôt distante et mesurée à l’époque, était un sentiment très nouveau.

Moins de six mois après, je quittais la Suisse pour traverser l’Europe sans argent. Je suis partie fauchée, mais déterminée à rendre visite à la Norvège. Les premières fois que j’ai parlé de ce projet, ça a paru comme étant le rêve d’une folle. Mais je l’ai réalisé, oubliant qu’en théorie, je n’en avais pas les moyens.

 

auto-stop

En route pour le Cap-Nord !

Mon premier voyage sans argent était une recherche sur les relations, sur la reconnaissance et la confiance en l’autre. Aujourd’hui la démarche a un peu changé. Voyager sans argent représente pour moi l’abandon par excellence. Je n’ai de prise que sur très peu d’aspect de mon voyage finalement. Je n’ai aucun itinéraire défini, peu de moyen et pas vraiment de sécurité non plus. Je ne possède qu’un petit sac à dos de 25 litres et mon rêve de faire le tour du monde.

Contrairement à mon premier voyage sans argent, où j’étais constamment avec et chez des gens, aujourd’hui je pars parfois seule en nature. J’apprends à pêcher, à me nourrir dans la nature, à m’abriter. Je suis dans une recherche de dépouillement et de retour à la terre. Je vis aussi des expériences très particulières comme traverser les mers et les océans en bateau-stop, ce que je n’aurais pas forcément fait si je voyageais avec de l’argent. En fait, cela m’oblige à aller au-delà de beaucoup de mes limites. Je crois que l’humain, ou en tout cas moi, choisit plutôt la facilité s’il le peut. Alors je ne me laisse pas le choix.

Et puis, les gens se trouvent toujours tout un tas d’excuses pour ne pas voyager. Que ce soit le fait d’être seul, le fait d’être une femme, d’être nul en langue, le fait d’être trop jeune ou de ne pas avoir assez d’argent. Je remplis toutes ces cases, mais je le fais. Quelque part, j’aimerais prouver que c’est possible.

Depuis quand voyages-tu ? Combien de temps as-tu prévu de voyager pour ce tour du monde ?

Je ne sais pas pour combien de temps je serai sur la route. Je suis partie pour la première fois en 2014 pour cinq mois au Québec. En 2015, j’ai traversé l’Europe sans argent pendant cinq mois, puis en 2016, j’ai voyagé en Asie pendant six mois (Sibérie et Philippines). Vous pouvez trouver quelques récits de mes précédents voyages dans mes aventures.

Enfin, en décembre 2016, je suis partie pour le tour du Monde. Ça fait un peu plus de six mois aujourd’hui, et je n’ai pas de date de retour en tête. Pour rire, je dis à mes proches que je rentrerai quand j’aurais des jambes en acier et les cheveux longs jusqu’aux fesses. Le pire, c’est que c’est ce qui risque d’arriver.

Concrètement comment fais-tu pour voyager sans argent ?

Ça dépend des situations. Par exemple pour la traversée de l’Atlantique, j’ai navigué gratuitement en échange de travail sur le bateau et d’heures d’école à la fille du capitaine. Du coup, pendant deux mois, je n’ai eu aucun frais, j’ai été nourrie, logée, blanchie, et même ‘’sortie’’. Mais surtout j’ai traversé un océan et n’ai donc pas payé de billet de ferry ou d’avion.

Arrivée de la Transatlantique, mars 2017.

J’ai passé un mois à faire du volontariat en Dominique grâce à la plateforme Workaway. J’étais nourrie et logée en échange de quelques heures de travail avec les enfants de la communauté qui m’accueillait. Puis j’ai passé plusieurs jours dans la forêt tropicale, où je me suis nourrie essentiellement de fruits, de plantes et de racines. Là encore, je n’ai rien dépensé.

volontariat dominique

Mes trois petits dreadeux – volontariat en Dominique.

Quand je suis à terre et que je dois me rendre d’un pays à l’autre, par exemple depuis la Suisse jusqu’à Gibraltar, mon quotidien est la route. Je pars le matin de bonne heure et je vais le plus loin possible. En général, il y a toujours un chauffeur qui me propose de m’héberger pour la nuit et m’offre de quoi manger et me laver.

Je me déplace à pieds ou en stop, en voiture ou en bateau, peut-être un jour l’avion-stop !? Mes nuits sont souvent passées chez les gens que je rencontre durant la journée. Si je ne trouve personne pour m’accueillir, je recherche un hôte directement dans la rue ou sur internet (dans les groupes de voyageurs ou sur couchsurfing). Il m’arrive aussi de dormir en nature, dans mon hamac. Des fois je n’ai pas le choix et je me repose là où je peux : stations-service, gares, aéroport, entre deux étages d’un immeuble. Mais dans ces cas-là je ne dors jamais vraiment, j’attends le matin et je repars.

Pour ce qui est de la nourriture, je suis souvent invitée à partager des repas avec mes hôtes ou mes chauffeurs, mais parfois je ne rencontre personne. Dans ces cas-là je récupère les légumes moches du marché, la nourriture dans les poubelles des commerces, le vieux pain des boulangeries, les restes des restaurants. La faim est parfois dur à gérer, et le besoin se répète tous les jours. En général j’essaye de trouver de quoi manger avant de la ressentir.

fruit dominique

Jour de récolte en Dominique.

Pour moi la plus grande difficulté a été d’apprendre à demander de l’aide. Je reçois très peu de refus pour être franche, presque tout le monde veut me donner un coup de main, mais on ne nous apprend pas à demander. Chez nous c’est considéré comme un acte honteux. Il m’a fallu plusieurs mois pour oser et être vraiment à l’aise avec cet aspect ma démarche.

Pour tous les aspects techniques de ce voyage, j’ai littéralement mangé la Bible du grand voyageur, les blogs Globestoppeuse et Histoire de tongs et le site Hitchwiki.

Tu voyages vraiment sans jamais dépenser d’argent ?

Contrairement à ma traversée d’Europe sans argent, durant lequel je n’ai pas dépensé un euro, je ne suis pas dans une démarche de challenge. Mon vrai but est de me passer de l’argent dans mon quotidien.

Aujourd’hui si je fais les comptes, après bientôt sept mois de voyage, j’ai dépensé 320 euros :

  • En Espagne, j’ai dormi une nuit en Ghesthouse, après avoir passé trois nuits dehors, dont l’une d’elles bloquée sur une air de routiers. Je ne me sentais pas assez en forme pour le couchsurfing et je n’avais plus la force d’assurer ma propre sécurité. J’ai dormi dix-huits heures d’affilée. Ghesthouse à Malaga 11 euros
  • Après deux mois de voyage, j’ai ressenti le besoin d’écrire. J’ai acheté un mini-ordinateur portable d’occasion pour pouvoir sauver mes textes et les publier. Il n’a pas le son, marche au ralenti, n’a pas de webcam et est cabossé de partout, mais c’est parfait pour écrire, et ça m’oblige à ne l’utiliser que dans ce but. Il m’a coûté 50 euros en Espagne.
  • En arrivant à la Barbade, j’ai rencontré l’équipage de Walden. Trois marins venant de Bretagne pour faire le tour du monde en voilier, et presque plus fauchés que moi. J’ai vécu durant un mois et demi avec eux et ai dépensé 150 euros pour participer aux frais de nourriture et de port. Avant d’embarquer avec eux, je me suis demandé si c’était de la ‘’triche’’ par rapport à mon projet. Je voyage sans argent, mais quel serait l’intérêt de ce voyage si les gens me payaient tout ? Et surtout, si je refusais de naviguer avec des gens parce qu’ils n’ont pas assez d’argent pour m’accueillir à leur table ? On a principalement mangé du poisson que l’on pêchait, mais pour le reste j’ai participé à part égale.
  • Arrivée aux Caraïbes, j’ai renvoyé tout mon matériel d’hiver en Suisse (principalement des vêtements chauds et mon sac de couchage). Je l’ai renvoyé plutôt que de l’offrir, comme je le fais normalement, parce que j’en aurais besoin pour la suite de l’aventure. L’envoi de 3.5 kilos m’a coûté 65 euros, soit LA PEAU DU CUL ! J’y ai ajouté une bouteille de Punch Coco pour ma belle-mère, histoire d’arriver aux 5 kilos (+15 euros).
  • Payement de 29 euros pour la cotisation annuelle de Workaway, la plateforme que j’utilise pour trouver mes lieux de volontariat.

Avant de partir, j’ai réglé mon assurance voyage, 576 euros pour l’année chez Chapka Assurance.

Notez aussi que le matériel peut vite coûter cher. Chaque année, j’achète une nouvelle pièce pour mon équipement de voyage. En 2014, j’ai acheté une caméra, en 2015, un super sac à dos, en 2016, une sac de couchage d’expédition chez Triple Zero. Je n’ai pas les moyens de tout acheter en même temps, mais avec le temps, mon équipement prend forme.

Aujourd’hui mon compte en banque ne compte plus que 9 euros, soit pas grand-chose. Je suis partie avec ce que j’avais sur mon compte il y a sept mois, en me disant que j’avais une petite marge et que ma foi ‘’quand il y a plus, il y a plus.’’ Les dépenses que je vois pour les prochains mois seront dues aux éventuels visas, au renouvellement de mon assurance et au payement annuel de l’hébergement pour ce site internet. Je devrais sans doute travailler quelques jours pour les payer.

Sans argent, quelles sont les difficultés pour toi ?

La fatigue. Si je ne suis pas en bateau ou en volontariat, je dois tous les jours trouver un endroit où dormir, trouver de la nourriture et des véhicules. Et ça, parfois dans des langues que je ne parle pas. Après plusieurs mois, la fatigue commence à peser. Je me rappelle de mon retour de Norvège : je me suis effondrée et j’ai dormi une semaine presque sans discontinuer, d’un sommeil de pierre. Je m’étais demandée si j’allais m’en remettre.

J’essaye de me reposer quand je passe plusieurs jours au même endroit, mais mon cycle de sommeil est complètement bousillé. Pour l’instant je tiens bon, mais je me demande souvent si j’arriverai jusqu’au bout. J’éprouve parfois un petit regret à me dire que si je n’avais pas toutes ces contraintes à gérer, j’aurais peut-être plus d’énergie à offrir aux gens que je rencontre. Il n’y a pas à dire, l’argent permet un certain confort.

Voyager sans argent ne me permet aucune marge d’erreur, mais je l’assume, j’ai choisi la boussole au parachute.

Comment gères-tu le manque de tout ? Le fait de ne jamais savoir de quoi demain sera fait, ni même si tu auras de quoi manger ?

Ça se passe plutôt bien. J’ai toujours été quelqu’un d’assez simple, j’ai peu d’affaires, peu d’argent, et je n’ai pas l’impression de manquer de grand-chose. En fait, j’ai choisi de voyager avec un sac minuscule de 25 litres pour m’obliger à ne pas m’encombrer. En général, quand j’ai besoin de quelque chose, je le trouve !

Par exemple : j’ai perdu mes tongs il y a quelques jours, ce qui me valait de me balader avec mes grosses Doc Martens dans les Antilles sous 35 degrés. Et hier, je me suis dit que ça pourrait être bien de retrouver des chaussures ouvertes. Aujourd’hui une femme m’a offert un sac rempli d’habits qu’elle ne porte plus, et j’y ai trouvé des tongs (presque) à ma taille. Et c’est toujours comme ça ! C’est à peine croyable, quand j’ai besoin d’un truc, il arrive à moi comme par magie. Je me dis que je suis bénie, ou je ne sais pas… Je ne possède rien de plus que ce dont j’ai vraiment besoin, et ça, c’est merveilleux.

Les pièces maîtresses de mon sac à dos

Avec le temps j’ai appris à lâcher prise, et aujourd’hui j’ai plutôt confiance en la vie. Je ne me pose plus vraiment la question, je suis presque sûre de toujours trouver une solution à mes problèmes. Soit via l’aide de quelqu’un, soit par mes capacités personnelles. J’ai appris grâce à ces voyages sans argent à me détendre et à ne pas trop me stresser ou m’angoisser sans raison concrète. Et quand un problème apparaît, j’essaye de le gérer avec le même calme.

En comptant ma traversée d’Europe et ce début de tour du monde, j’ai voyagé plus d’un an sans argent. J’ai parcouru à peu près 30’000 kilomètres en auto-stop, j’ai dormi environ 300 nuits chez l’habitant dans une vingtaine de pays différents, j’ai rencontré des milliers de personnes extraordinaires. J’ai vécu des aventures folles et frôlé la mort, j’ai même traversé un putain d’océan !

J’ai appris ce mode de vie ‘’à la dur’’ et, avec le temps, il est devenu presque naturel pour moi. J’aborde facilement les gens, je trouve quasi toujours de quoi manger et je dors très rarement dehors. Si je me retrouve dans une situation de détresse due à mon manque de moyens, c’est bien souvent que j’ai commis une erreur quelque part. Donc j’essaye de trouver une solution et de faire mieux la prochaine fois. Aujourd’hui, à force de réviser ma position continuellement et de modifier ce qui doit l’être, je m’en sors plutôt bien.

Sans argent n’as-tu pas peur de te retrouver dans une situation de laquelle tu ne pourras pas te sortir ?

Sauf histoires d’argent, de magouilles ou de vols, je ne vois pas vraiment de configuration où ça puisse m’arriver. J’ai été victime à Moscou d’un vol par un agent de police qui m’a escroqué quelques dizaines d’euros pour me rendre mon passeport après un contrôle. J’ai payé, indignée. Je ne sais pas ce qu’il se serait passé si je n’avais peu eu d’argent à ce moment là.

En Norvège en 2015, lors d’un trek, je me suis retrouvée dans une avalanche. Je raconterai cet épisode plus en détail dans un autre récit, mais je me suis cassée plusieurs côtes et j’ai été malade des durant des jours. Plus que tout, j’étais sous le choc. Un Norvégien m’a sorti de là après plusieurs minutes et, en regagnant la route, j’ai arrêté la première voiture que j’ai vue en hurlant. Un couple de pêcheurs m’est venu en aide. Thea et Marius m’ont gardée chez eux près de deux semaines, le temps que je me remette sur pieds. Ils m’ont acheté des médicaments et ont avancé les coûts des soins d’hôpitaux sans même savoir que j’avais une assurance voyage, qui les a remboursés après coup. Ils ne m’ont ni plus ni moins sauvé la vie. Cet épisode m’a un peu immunisée. J’ai le sentiment profond que, quoi qu’il se passe, ça va aller.

J’ai encore et toujours une assurance voyage et je sais que si je suis en danger de mort, je peux toujours compter sur le soutien financier de ma famille, mais il n’y a pas de raison pour que cela arrive.

Comment fais-tu pour les produits d’hygiène sans argent ?

 

 

Pour le dentifrice, j’utilise un mélange d’huile de coco, de menthe poivrée et de Tea tree, que je fais moi-même. Les huiles essentielles ont été achetées avant le départ et seulement le tiers a été utilisé, j’ai donc de la marge. Pour l’huile de coco, je l’ai finie en cinq mois et en ai refaite moi-même en Dominique en suivant une recette trouvée sur Google. Du coup j’ai un nouveau stock d’huile pour les prochains mois.

 

Pour me laver, j’ai fabriqué un savon solide avant le départ et en ai utilisé environ la moitié (je vous jure que je me lave pourtant !) J’ai fabriqué mon savon avec de l’huile de coco, de la soude caustique et de l’eau. Il y a plusieurs bonnes recettes sur Google, pour moi c’était un premier essai et ça a très moyennement marché. La consistance est bizarre, mais bon, ça nettoie. L’idée était de polluer le moins possible en me lavant dans la mer ou les rivières, et donc ne rien acheter de chimique. Je m’en sers aussi pour laver mon linge.

 

La toilette du matin dans la forêt

Pour mes règles, j’utilise la fameuse ‘’cup’’ depuis deux ans. Tout est très bien expliqué dans cet article d’une autre blogueuse ou alors très poétiquement amené par mon amie Joana, écrivain et blogueuse, qui vous donne presque envie d’avoir vos règles.

En gros, tout ce que j’utilise est réutilisable, y compris les cotons-tiges et les mouchoirs. La seule chose dont j’ai besoin est de trouver une nouvelle brosse à dents environs tous les trois mois.

N’as-tu pas l’impression de profiter des gens ?

Cette question m’a beaucoup obsédée. Je suis passée par tout un tas de caps, je me suis vraiment sentie honteuse, moi, femme blanche, qui plus est Suissesse, de ‘’subsister en partie grâce à l’argent des autres’’. Donc dans mon esprit, pour être un minimum explicable, la logique voulait que je ne voyage sans argent qu’en Europe. Mais aujourd’hui ce raisonnement m’apparaît comme faux.

Cette façon de voyager remet en cause tous les codes de notre système de valeur. J’ai visité plusieurs pays où le fait de recevoir un voyageur chez soi est considéré comme une chance, ou du moins, un usage naturel. Et donc, où le concept de l’hôtel n’est pas forcément compris. Je me demande quel sens aurait ma démarche si je ne voyageais que dans des pays aisés ? J’ai voulu casser cette idée de l’européen tout-puissant, ‘’de dieu blanc’’.

Actuellement aux Caraïbes, je peux survivre en me nourrissant dans la nature et en y séjournant. Fondamentalement, je pourrais vivre sans argent des années ici sans ne manquer de rien d’essentiel à ma survie. Mais quel intérêt ? Ce que je recherche, c’est partager, dormir sur le sol de locaux que je ne connais pas et plaisanter avec eux en trois langues. Leur raconter des histoires, les écouter se moquer du nouveau président Français, en rire aux larmes et trinquer à notre drôle de rencontre. C’est ça que j’aime par-dessus tout. Je sais que ça pourrait tout aussi bien être mis en œuvre si j’emmenais moi-même la bouteille de rhum que j’aurais préalablement achetée, ou si je ramenais du poulet rôti à mettre sur la table. Mais j’ai trop souvent vu les rapports humains se détériorer, ou en tout cas se biaiser, à cause de l’argent. Alors je recherche autre chose. Je ne dis pas que c’est le moyen le plus juste ou le plus équitable de voyager, encore moins le seul, mais c’est celui que j’ai choisi d’expérimenter pour le moment. Jusqu’à maintenant ça fonctionne bien, et je ne connais personne qui se soit senti abusé en m’accueillant.

Il y a trop de Vodka en Russie…

Je me rends compte des bienfaits impressionnants que la reconnaissance exercent sur moi. Peut-être que j’ai trop connu la bassesse des hommes, j’entends de l’espèce humaine, et que ces voyages où je me sens extrêmement redevable m’aident à faire la paix ?! Ils font de moi quelqu’un de meilleur, de plus doux, de plus généreux aussi, et ça crée du bon. Je crois sincèrement que la gratitude, comme la générosité, rendent heureux.

Par ailleurs, je n’ai jamais forcé la main à qui que ce soit. Les gens qui m’aident ont un réel plaisir à le faire, et c’est capital pour moi. Je sais que ça peut paraître fou, ou inapproprié comme discours pour certains, mais je leur offre l’opportunité d’offrir. Souvent, je demande aux gens pourquoi ils font tout ça pour moi, et ils me répondent que ça leur fait du bien, que ça leur fait plaisir, ou encore qu’ils se sentent utiles. J’ai moi-même souvent offert mon temps, mon argent ou mon toit de manière désintéressée, volontaire, par pur acte d’amour. Et j’en ai ressenti beaucoup de bien-être. On a un mot en français pour ça : S’il te plait. ‘’Si ça te plait, est-ce que tu pourrais m’aider ?’’ Je n’aurais aucun plaisir à sentir qu’on me vient en aide par devoir, par pitié ou par obligation. Hors cas d’extrême urgence, je laisse toujours à mon interlocuteur le choix de me dire non sans se sentir coupable.

Dans une idée de partage, j’essaye aussi d’offrir quelque chose en retour. Que ce soit une aide à la maison, pour le repas, pour les enfants, ou quelque chose de bien plus abstrait, comme un bidule d’artisanat, une lettre, une vraie conversation, des images vidéo… N’importe quel geste qui se traduit en bonheur. J’ai beaucoup de cordes à mon arc, et fais au mieux pour donner moi aussi, mais toujours par plaisir. Je donne sans compter et reçois sans jamais l’oublier.

steppe

Le jour où je me suis improvisée bergère en Mongolie. (Oui le grand truc habillé en noir, c’est moi!)

J’ai également envie d’aider les gens de manière plus générale. Ma voie se trace gentiment, j’aimerais continuer à progresser, à m’enrichir, et un jour m’exprimer dans une œuvre qui aiderait les autres à vivre plus librement. Cette ambition me vient forcément de toute cette gratitude que l’on m’a permis de ressentir. Il m’a été donné bien plus, infiniment plus, que tout ce que j’aurais pu espérer.

Voilà, je ne me sens pas coupable ou honteuse de voyager sans argent, mais extrêmement reconnaissante envers tous ceux qui m’offrent leur aide avec tant de spontanéité, et rendent cette aventure possible.

N'as-tu pas peur de voyager seule en tant que femme ?

Même pas peur !

C’est sans doute la question que l’on me pose le plus. Et elle m’est souvent posée telle quelle. Je m’en étonne : peur de quoi ? Ça me rappelle la phrase que ma mère me répétait à chaque fois que je franchissais la porte de la maison : ‘’fais attention’’. Sans jamais me dire à quoi. Oui, parfois j’ai peur. Je n’ai pas une peur générale, j’ai parfois peur de petits actes et de courts moments très précis. Mais globalement, je suis confiante.

Seules 8% de nos peurs sont fondées. Toutes les autres n’existent que de par les histoires que l’on nous raconte, ou que l’on crée nous-même. Alors j’ai décidé de créer autre chose. J’ai décidé que j’étais forte et que tout allait bien se passer. Au début j’étais morte de trouille, panique générale, mais à force mon auto persuasion marche assez bien. Et pour cause, il ne m’est jamais rien arrivé de grave. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de risque, ou qu’il faut les minimiser, au contraire. Je pense que la sécurité réside dans l’attention que l’on porte à notre environnement. C’est le seul vrai conseil que je peux donner : soyez attentifs. Il faut apprendre à reconnaitre les vrais dangers, être à l’écoute de son intuition. Pour moi, ça c’est fait tout seul avec le temps.

Pour le fait d’être une femme, je ne pense pas courir plus de risque sur la route que chez moi. Je pense que ‘’voyager en étant une femme’’ est souvent pareil que ‘’vivre en étant une femme’’. Nous n’avons pas les mêmes comportements qu’un homme dans notre vie quotidienne, en voyage c’est pareil. Je suis toujours très claire quand je sens une tension ou une méprise avec un homme. Si je sens l’ambiance devenir lourde ou inconfortable, je l’exprime, je ne me renferme pas. Je me rends compte que la discussion aide beaucoup, qu’en fait, une peur ça se rassure.

Je sais que quand on me pose cette question on entend généralement les enlèvements, les meurtres, les viols. Ça peut arriver, je ne suis à l’abri de rien, je suis même plutôt exposée à vrai dire. Je monte de moi-même dans des voitures de gens que je ne connais pas, j’entre de mon plein gré chez eux, alors oui, il peut éventuellement y avoir un danger. Mais alors quoi ? Je reste sagement chez moi ?  Et si je tombe sur un psychopathe, est-ce que le fait de voyager à deux me sauvera vraiment ? Je crois que j’aime mieux mourir aujourd’hui que de vivre vieille dans la peur constante de l’autre, de l’inconnu, de l’imprévu. Je préfère le risque à la sclérose.

Je pense que la vie doit être intensément vécue, et j’aime prendre des risques. Pas de manière folle ou inconsciente, non, de façon calculée. Parfois ça marche et je suis heureuse, d’autres fois je me casse la gueule, mais quoi qu’il en soit je vis des émotions puissantes. Je savoure le piquant de la vie. Je ne recherche pas la mort, ça ne m’intéresse pas de me mettre en danger, mais je ne comprends pas qu’est-ce que cette peur générale que l’homme moderne nourrit, au point de s’enfermer. Ce même homme qui croit que ce qu’il entend à la télé est la plus sûre des vérités. La prudence à l’extrême ne changera rien à la fatalité et de la mort. Je me questionne : n’est-ce pas la vie qui leur fait peur finalement ?

J’ai néanmoins quelques peurs concrètes. Par exemple quand j’ai dormi seule dans la jungle pour la première fois, ou quand je sens mon corps qui fatigue. J’ai peur de tomber malade ou de ne pas savoir lire la nature, et que ça me soit fatal. J’ai peur de devoir abandonner mon projet, de ne pas être assez forte ou résistante pour le mener à bien. J’ai aussi peur qu’il arrive quelque chose à mes proches en Suisse, que quelqu’un tombe malade ou meurt et que je ne sois pas là. Ce sont là mes principales craintes, mais elles n’ont rien à voir avec mon sexe.

Penses-tu que l'auto-stop et le fait de dormir chez l’habitant est plus facile pour une femme que pour un homme ?

Ça dépend pour quel aspect. D’un côté, je suis une femme donc les gens, hommes et femmes, ont plus tendance à me faire confiance, à m’accueillir chez eux ou dans leur voiture. Et ils sont peut-être plus prévenants et soigneux avec moi qu’avec un homme. C’est le gros point positif. (Même si, les collègues de  »nus et culottés » s’en sortent très bien aussi. L’attitude joue beaucoup.)

Pourtant, je ne pense pas qu’il y a de plus facile ou de moins facile. C’est juste pas pareil. Un peu comme le fait de vivre en étant un homme ou une femme. Tout est différent : les risques ne sont pas les mêmes, pas plus que les enjeux, les expériences ou les relations. Par exemple j’ai beaucoup plus accès aux femmes locales qu’un homme. À l’inverse, mes élans d’amitié peuvent être mal interprétés par les hommes, suivant les mœurs du pays.

auto stop

J’ai vraiment l’air d’une psychopathe sur cette photo !

Je ressens quelques contraintes au fait d’être une femme qui voyage. Mon âge trop tendre et mon sexe me valent parfois d’être jugée incapable de mener à bien différentes tâches (par exemple sur le bateau de ma Transatlantique). Ça m’enrage, car je n’ai pas été élevée dans l’idée qu’un homme est plus compétant que moi, et en même temps, je dois accepter les valeurs de chacun. Il y a aussi les hormones, les menstruations, les risques d’infections sanitaires décuplées…

Enfin, je pense que le fait de partir quand on est une femme, j’entends de faire le premier pas, est plus délicat. On a beau être en 2017, j’entends encore des reproches sur mon choix de vie qui n’est pas ‘’conforme’’ à une vie de femme. Ma grande chance tient dans mon âge. On me dit que ça va ce que je fais, tant qu’au retour je fonde une famille et je me pose. J’imagine la difficulté de mes ainées de dix ans, qui choisissent une voie marginale. Le regard de la société est peut-être plus dur sur une femme qui voyage que sur un homme ? Mais ça reste à prouver.

J’aime beaucoup la phrase de Jeanne Moreau :

 Oui, j’ai vécu comme un garçon. Ça m’irrite de dire cela. J’aurais préféré dire : j’ai vécu comme une femme libre.

Comment choisis-tu tes destinations ?

Au pif, au feeling ou par logique géographique. Je suis partie pour la Norvège parce que j’ai vu une photo qui m’inspirait. Je suis partie pour la Sibérie parce que j’ai vu la vidéo ‘’What the Cut’’ sur la Russie, et que ça m’a fait beaucoup rire. J’ai voyagé en Mongolie parce que je n’avais jamais pensé y aller, et je me suis dit : ‘’pourquoi pas !?’’ Les Philippines étaient un rêve d’enfant, sinon tout le reste c’est de l’improvisation. Je vais là où mon envie du moment me porte. Mes dates de voyage sont souvent fixées bien à l’avance, mais la destination est choisie que quelques jours avant le départ.

Souvenir des Philippines

Sur le tour du monde que j’effectue actuellement, je n’ai aucun itinéraire. C’est la chose la plus difficile à gérer émotionnellement, ça m’a souvent fait perdre mon sang-froid. Je suis arrivée à Gibraltar en me disant que j’allais peut-être essayer de naviguer jusqu’au Brésil. Mais j’ai fini aux Caraïbes. Je suis arrivée à la Barbade avec AUCUNE idée sur rien à propos des Antilles. Je n’avais même pas regardé sur Google Maps où j’allais débarquer. Et finalement, le voyage se construit. Je vais bientôt quitter les Caraïbes mais, encore une fois, je ne sais pas dans quelle direction je vais partir. J’aime cette liberté de pouvoir changer d’avis à tout moment, et en même temps ça m’intimide un peu. C’est le plus vertigineux dans ce voyage.

En général, je suis plutôt attirée par les pays nordiques, froids, où personne ne veut jamais aller. Ces temps, j’ai vraiment envie d’aller dans l’île du Sud de la Nouvelle-Zélande, le Groenland et des pays d’Asie Centrale qui se finissent en ‘’Stan’’. Mais je risque, pour des raisons logiques, d’aller en Amérique Centrale, puis en Polynésie dans l’année qui va suivre. Le fait de voyager sans avion ne me donne pas forcément le choix des pays dans lesquels je passe.

N’es-tu pas tentée de te poser quelque part et d’arrêter ton voyage après avoir rencontré des gens géniaux ?

Très souvent oui. Je rencontre des gens qui m’atteignent au cœur, et c’est parfois une déchirure pour moi de les quitter. Au début, je gérais ça en gardant un peu de distance et je ne restais que très peu de temps aux mêmes endroits. Mais aujourd’hui, je l’accepte. Je dirais même plus : j’honore ces rencontres éphémères. Je sais que je ne passerais ici qu’une seule fois. Que toute l’aide que je peux apporter, que tout le bien que je peux faire, c’est maintenant, sans délai ni négligence. Ça m’oblige à être attentive et à prendre grand soin de chaque instant.

Je crois que j’ai beaucoup appris des enfants que j’ai rencontrés en voyageant. Ils ont un recul par rapport à moi et mon passage qui m’impressionne. Ils sont entièrement dédiés à l’instant présent quand je suis là, et puis quand je pars, ils passent à autre chose et m’écrivent parfois. Je garde souvent contact avec les gens que je rencontre.

Je laisse un boût de ma famille derrière moi, en Dominque.

Mais ça reste dur. Par exemple la famille qui m’a accueillie en Mongolie et que je ne reverrais sans doute jamais. Ou alors ce magnifique garçon qui s’est invité dans ma solitude aux Caraïbes, et que je vais devoir laisser derrière moi. J’essaye de prendre sur moi et de me dire que, finalement, c’était déjà une chance de se rencontrer.

Simone de Beauvoir a écrit (dans un tout autre contexte): J’envie les cœurs capables de battre à travers l’univers entier.

Je suis mon instinct et il ne m’a encore jamais dit d’arrêter mon projet pour me poser quelque part. Si ça se passe un jour, je pense que je l’écouterais. Mais pour l’instant, l’appel de la route a toujours été plus fort.

Est-ce que je peux voyager avec toi ?

Si tu es dans le même coin que moi, au même moment, avec une philosophie de voyage compatible à la mienne, avec plaisir 😊

Parles-tu plusieurs langues ? Comment gères-tu les barrières de la langue ?

À mon départ pour la Norvège en 2015, je ne parlais que Français. Aujourd’hui, je parle couramment Anglais, j’ai des bases d’Allemand et d’Espagnol.

Les barrières de la langue sont vraiment difficiles à gérer pour moi, surtout avec mon mode de voyage. Je voyage pour rencontrer les gens, quel intérêt si je ne peux même pas leur parler !? J’apprends quelques mots de la langue avant de me rendre dans un pays et j’ai développé d’autres moyens de communication, des dessins, des signes… Mais pour être franche, j’ai souvent été frustrée.

Ma traversée de l’Espagne a été difficile, en grande partie à cause de la langue. Expliquer ma démarche devient très compliqué et je me décourage vite. Par chance, j’apprends tout aussi vite et j’ai une bonne mémoire. J’ai appris les bases d’anglais en deux mois grâce à un dictionnaire de conversation. Ça sauve la vie ces bouquins. J’ai aussi voyagé plusieurs semaines en Russie avec un exemplaire de ‘’parler Russe en voyage’’. Je me rappelle qu’en Mongolie, j’ai vécu plusieurs semaines dans une famille de nomade qui ne parlait pas un mot d’anglais, et l’entente entre nous a été impeccable. On a construit une belle relation et vécu des instants cocasses. Donc disons que ça dépend surtout du contexte.

nomades mongolie

Dernière fois que j’ai vu Ulemtch en Mongolie. Il pleurait et je ne comprenais pas pourquoi. En fait, il s’en allait et nous n’allions pas nous revoir. Je ne l’ai appris qu’après coup et n’ai pas pris le temps de lui dire au revoir correctement… Saloperie de barrières de la langue !

Il n’y a pas de recette miracle pour les langues, il faut les étudier et s’adapter. Ou alors utiliser une application de traduction et parler par smartphone interposé, mais personnellement, je ne ferais pas.

Combien de temps ça t’a pris pour changer de vie et devenir nomade ?

Pendant deux ans (2014-2015), mon planning annuel était de voyager six mois et de passer le reste de l’année en Suisse. Je gardais donc un pied-à-terre en Suisse, j’avais un travail saisonnier et j’étais en couple. La progression s’est faite peu à peu. Chaque année, je ‘’lâchais’’ une sécurité de plus.

En 2016, je suis rentrée d’Asie fin juillet et je suis partie pour mon tour du monde début décembre. D’une manière très confuse, je sais que ma décision de voyager, de tout quitter et de réellement ‘’sortir du système’’, a été prise en début du mois de novembre 2016. Je raconterais ce cheminement de manière plus complète dans un autre article, mais donc, ça m’a donc pris presque trois ans pour tout quitter et partir.

Quel était ton ressenti la première fois que tu as voyagé seule ? Est-ce que tu te sentais à la hauteur ?

Pas le moins du monde. Mon premier voyage solo a été la Norvège, je me rappelle de mon départ comme si c’était hier. Je remplissais mon sac de plein d’objets inutiles, j’allais et venais dans ma chambre, j’ouvrais sans motif mes tiroirs, dans une excitation presque maniaque. J’avais acheté près d’un kilo de barre énergétique, en pensant que personne ne voudrait jamais me venir en aide et que j’allais mourir de faim. J’ai enfilé mes chaussures d’une main tremblante et dit au revoir à mes proches, avec ma tête ébouriffée et un sourire pas vraiment convaincu. J’ai fait comme si j’étais forte.  Aujourd’hui, en me remémorant la scène, j’ai du mal à concevoir comment j’ai trouvé le courage.

Je me rappelle que j’avais même écrit un testament, aussi sincèrement que maladroitement, tant je pensais mes chances de survie proche de zéro. Je me sentais complètement dépassée, j’avais l’impression qu’il y avait tellement d’obstacle, tellement à faire et que je n’y arriverais jamais. Je n’avais pas du tout confiance en moi, pas plus qu’en les autres. Mes premiers pas de voyageuse étaient plutôt précautionneux et très peu assurés. Mais c’était quand même des pas. Et en faisant un après l’autre, j’ai fini par avancer.

Je sais, ô combien, ça impressionne à première vue. Personne ne me croit jamais quand je dis ça, je pense qu’il faut s’en rendre compte par soi-même, mais en fait, ça va aller. Les choses se construisent naturellement et cette voie sinueuse que j’ai empruntée il y a quelques années, à tâtons, sans guide ni lumière, elle a un sens. Je me félicite chaque jour d’être arrivée jusque-là. Aujourd’hui, cette route me mène à de si hautes joies que je m’étonne d’avoir pu vivre si longtemps sans. Mais les débuts de ma vie de voyageuse ont été très difficiles.

Je ne dis pas que ce sera facile, je dis juste que ça en vaut la peine…   

Mon premier voyage a été pour moi une prouesse incroyable. Je ne suis pas du genre confiante, j’ai des problèmes à garder mon sang-froid et jusqu’à peu, je souffrais de trouble de l’anxiété assez violents. Je pouvais être en situation d’angoisse au point de me retrouver totalement paralysée physiquement. Ça m’est arrivé plusieurs fois, notamment lors de crise de couple ou d’opération médicale, où j’ai été jusqu’à perdre connaissance. Je n’étais pas vraiment le cheval sur lequel on mise. Je crois que même moi je n’aurais pas parié sur ma réussite. Le cœur et le mental sont des organismes incroyables, il faut leur faire confiance…

Encore aujourd’hui, il m’arrive de douter de moi. Je sais qu’en partant pour ce tour du monde, je pensais que je ne dépasserais pas Gibraltar, je l’avais d’ailleurs dit à tout le monde. Et finalement je l’ai faite ma Transatlantique. On ne naît pas confiant ni sûr de soi, ce sont des vertus qui s’acquierent avec le temps et les expériences, bonnes comme mauvaises.

Il y a cette phrase de Keny Arkana dans laquelle je reconnais mon voyage actuel :

À chaque instant un saut de l’ange, dites-leur que je n’ai plus peur du vide.

Où est-ce-que tu trouves tout cet argent pour voyager ? Est-ce que tu travailles ? Combien tu gagnes ?

Je pense que ce n’est pas un secret d’état : je vis et je voyage avec pas grand-chose. Je me suis rendu compte il y a quelques années que les activités qui m’enthousiasment le plus sont très rarement, ou très peu, rémunérées. Et qu’il fallait dont que j’ai ‘’un vrai travail’’, qui ne me laisserait peu de temps pour vivre mes passions. J’ai réfléchi, et je me suis dit que j’avais le droit de travailler moins si j’en avais envie, mais que la logique veut que je gagnerais moins aussi.

monnaie-danmark

Par contre j’ai une petite collection de mannaie du monde. Ici Danemark.

Du coup j’ai calculé mon budget quotidien et j’ai cherché des moyens de le diminuer. J’ai quitté mon appartement et je suis retournée chez mon père, j’ai arrêté d’acheter n’importe quoi et de payer des impôts, vu que je ne gagne pas assez pour être taxée. En 2015, j’ai dépensé 5500 euros, en 2016, j’en ai dépensé 4300. Je ne manque pourtant de rien et j’ai voyagé treize mois sur ces deux années (dont cinq sans argent). Mes dépenses principales sont dues à la nourriture (parce que j’adore manger), et aux activités culturelles (cinéma, théâtre, expositions et surtout concerts). Je dépense aussi 600 euros par an pour souscrire une assurance médicale de voyage. Sinon tout passe dans les loisirs, les livres, le sport, les tatouages, le matériel de voyage, les visas et mes très nombreuses soirées de départ.

Chaque début d’année, je revois mon budget par rapport à mes besoins réels (par exemple si je dois acheter une nouvelle caméra, aller chez le dentiste ou si je dois refaire des lunettes), donc ça varie d’une année à l’autre, mais je n’ai pas besoin de travailler plus de 3 mois dans l’année pour être tranquille financièrement.

Combien de pays as-tu visités ? Et lequel préfères-tu ?

Quand on aime, on ne compte pas !

Je n’aime pas beaucoup cette question et je ne sais pas vraiment comment y répondre. J’ai voyagé dans beaucoup de pays, mais parfois je les ai juste traversés en stop, où j’y ai fait une escale de quelques jours. Je peux dire que j’ai vraiment voyagé, passé plusieurs mois et pris le temps de connaître Montréal, la Norvège, les Philippines et l’île de la Dominique.

steppe mongolie

Beauté mongole.

Pour ce qui est de mes préférences, ça m’est également dur de répondre. J’aurais toujours un lien très fort avec la Norvège, qui a été mon premier voyage en sac à dos et les Philippines occupent une très belle position dans mon classement. Je garde un souvenir très ému de Sibérie et de Mongolie, des très belles rencontres que j’ai faites dans le Sud de la France. J’ai moins aimé Moscou toute seule en hiver et le mois que j’ai passé dans la ville de Séoul.

Comme beaucoup de voyageurs, je me rends compte que finalement, je ne connais que très peu mon propre pays, la Suisse. Je me réjouis de le découvrir avec mes nouveaux yeux quand je rentrerais. C’est assez spécial comme sensation, mais plus je voyage et plus je me rends compte que la Suisse c’est chez moi, et je crois que j’aurais du mal à m’établir définitivement ailleurs.

Qu’est-ce qui te manque le plus en voyage ?

Mes proches sont en concurrence directe avec une bouteille de shampooing.

Pourquoi est-ce que tu ne fais plus de vidéo ?

Parce qu’avant mon départ, j’ai estimé que monter mes vidéos dans ce tour du monde me serait une trop grosse contrainte de temps et de poids. Du coup, je suis partie sans mon mac qui contient mes logiciels de montage. Des fois je le regrette un peu, mais je profite du temps que j’ai pour écrire à la place. Et puis je doute vraiment d’avoir un quelconque talent pour la vidéo, à part la dernière à bord du Transsibérien, je trouve les autres plutôt mauvaises.

Enfin, je continue malgré tout à capturer des images et je pense en faire un petit documentaire à mon retour.

Si vous voulez quand même voir ma chaîne Youtube , cliquez ici.

Sinon je publie quand même quelques images en temps réel sur ma page Facebook.

Quels sont les aventuriers qui t’inspirent ?

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été fan de Sarah Marquis, l’aventurière suisse. Elle marche un peu partout dans le monde depuis plus de vingt ans, elle a notamment marché de Sibérie jusqu’en Australie durant trois ans, seule. Elle a une force qui m’impressionne et des connaissances que j’envie beaucoup. J’ai lu tous ses livres, pas très bien écrits, mais remplis d’aventures.

J’aime aussi beaucoup Nicolas Vanier et ses expéditions glaciales. J’ai été très touchée par son documentaire ‘’L’enfant des neiges’’ qui retrace son aventure avec sa fille et sa femme à travers le grand nord canadien.

Nicolas Vanier et sa famille.

J’adore Sylvain Tesson. Ses voyages à travers les steppes, en Sibérie, en Inde, dans tout un tas de pays qui se finissent en ‘’Stan’’. J’aime aussi beaucoup sa façon d’écrire, plutôt cynique et intelligente.

J’ai attentivement suivi le parcours d’Anick-Marie, la Globestoppeuse comme on l’appelle. Elle a voyagé plus de 150’000 km en auto-stop et j’ai glané beaucoup de conseils sur son blog que je recommande vivement.

Un autre blog que je suis scrupuleusement est celui de mon amie Astrid : histoires de tongs Sa philosophie du voyage, ses articles, ses conseils sont à découvrir absolument. J’aime aussi la personne qu’elle est, et que j’ai eu la chance d’accueillir chez moi l’hiver dernier. C’est pour moi une grande aventurière (et fauchée en plus).

Comment as-tu géré toute la paperasse obligatoire ? Les assurances, les impôts, les vaccins…

Avant de répondre à cette question, je précise que je suis Suissesse, non pas Française. Les démarches sont donc un peu différentes.

En Suisse, on a un système d’assurance maladie vraiment coûteux, qui demande à chaque citoyen de payer, tous les mois, une prime allant de 200 euros à plus de 400 euros pour l’assurance de base, et ce, indépendamment du fait que l’on soit malade ou non. Le montant dépend de la franchise et des différents services que l’on choisis.

Durant les quelques mois que je passe en Suisse, je souscris une assurance maladie, parce que c’est obligatoire du moment que j’y vis. Mais quand je pars en voyage, je me désinscris de la Suisse pour ne plus la payer. Donc en gros, je vais à la commune et je signale un départ à l’étranger sans donner d’adresse et j’obtiens un statut de voyageuse (oui c’est possible). En gros, je ne paye ni assurance maladie, ni assurance sociale, ni cotisation pour mon deuxième pilier, ni impôts et on me fout une paix royale. Par contre je ne suis assurée en rien. Les gens me hurlent littéralement dessus en me décrivant le futur trou béant de mon deuxième pilier, pour ma retraite dans 40 ans. J’en suis consciente, j’entends et j’en assumerais les retombées le moment venu, mais pour l’instant, je m’en fiche éperdument. Par contre, je souscris une assurance voyage annuelle dans une compagnie française qui me couvre pour pas mal de pépins potentiels (maladie, vols, accidents). Je vous invite à lire l’article comparatif des différentes assurances voyage de Novo Monde. Il est très complet et m’a permis de choisir la mienne.

Au retour de mon voyage, je me réinscris simplement à la commune, je retourne à une assurance de base et je garde mes quelques fiches de salaire pour que mon père remplisse ma déclaration d’impôts en mon absence. Tout mon courrier arrive chez mon père qui le traite avec grand soin et qui me contacte si besoin.

J’ai un problème de santé au niveau des reins, alors je suis parfois en contact avec mon médecin en Suisse, mais je n’ai pas fait de vaccin avant de partir. Je me suis renseignée sur les différents risques et les symptômes à surveiller, mais je ne crois pas beaucoup aux vaccins. Par contre, j’essaye de ne pas aller rouler de pelles à des animaux malades, et en général ça suffit pour ne pas attraper la rage 😊.

Comment fais-tu pour obtenir tes visas ?

Ça dépend de mes itinéraires. En Europe je n’ai eu besoin d’aucun visa, au Canada, en Guadeloupe non plus. Pour certains pays, j’ai fait une demande de Visa express à l’embrassade du pays où je séjourne, comme pour passer de Mongolie à la Chine. Des fois, je les fais à l’ambassade de Suisse avant le départ. Pour mon tour du monde, étant donné que je voyage en bateau, je fais partie d’un équipage et je n’ai pas besoin de visa d’entrée, mais je suis sous la responsabilité du capitaine.

Une demande de visa est assez banale à faire pour les voyageurs qui savent où ils vont, et qui prennent l’avion. Mais étant donné que je voyage très souvent sans itinéraire, et presque jamais en avion, je suis parfois embêtée pour remplir mes demandes. Du coup, il m’arrive de frauder.

Je falsifie parfois de faux billets d’avion pour simuler ma sortie du territoire, ou alors je réserve un vrai vol que j’annule juste après avoir imprimé la confirmation. Par contre, je fais en sorte que mes faux billets coïncident avec ma vraie date de sortie du territoire.

Pour le visa russe j’ai carrément dû faire appel à une agence qui produit de faux documents, pour pouvoir voyager en Transsibérien. (L’article complet ici)

visa russe

Visa russe – Je vous préviendrais le jour où une de mes photos d’identité est réussie.-

Plus dernièrement, en arrivant en Dominique en voilier, personne n’a tamponné mon passeport et j’y suis restée sans jamais déclarer mon entrée sur l’île.

J’évalue les risques pour chaque pays et j’essaye de m’arranger au mieux. Je ne pense pas que j’oserais le faire à Cuba, aux USA ou en Asie par exemple. Je ne suis pas toujours dans la légalité, d’ailleurs le simple fait de ne pas avoir d’argent liquide sur soi est illégal dans plusieurs pays.

Pour la suite de mon voyage, la plupart des pays d’Amérique Latine ne requierent pas de visas pour une durée de trois mois. Et pour le Pacifique, je serais à nouveau membre d’un équipage, donc la question de ne se pose pas jusqu’à l’Asie. Là-bas je devrais les demander et les payer.

Liens utiles :

Liste de pays  accessibles sans visa pour les citoyens suisses

Liste de pays  accessibles sans visa pour les citoyens français

Est-ce que ta démarche a un but politique ?

Non. Ce voyage n’a aucun but politique, je n’ai d’ailleurs pas vraiment de parti et ne suis engagée dans rien d’officiel. Je vote rarement, uniquement quand je trouve une loi pourrait radicalement rendre l’humain plus libre et plus heureux, soit rarement. Je suis fille d’immigrée et de paysan, je n’ai jamais vraiment eu d’argent, du coup je suis plutôt de gauche si ça veut encore dire quelque chose. J’aurais du mal à supporter l’UDC (le FN en France) et être cohérente dans ma démarche, mes principes et ma vie en général. Mais dans le fond je ne soutiens pas grand-chose.

J’essaye de faire de mon mieux au quotidien, sans mettre ni nom ni barrières à mes engagements. Je n’ai pas plus de parti politique que de religion et j’essaye de ne pas me fermer aux idées que l’on me propose (‘Dieu que c’est dur parfois).

Pourquoi as-tu décidé de faire un blog ? Est-ce que tu gagnes de l’argent avec ? Qui a créé le design ?

J’ai choisi de créer ce blog il y a environ deux ans. Je ne sais plus trop les raisons qui m’animaient à l’époque, mais je crois que j’avais surtout besoin de me rassurer en créant quelque chose de ‘’concret’’, de visible. J’avais tellement peu confiance dans ma démarche que j’avais besoin de trouver un prétexte à celle-ci, je me disais que créer un blog était une raison suffisante.

Aujourd’hui ma motivation a totalement changé. J’ai envie de transmettre. J’aimerais que mon parcours et mon témoignage puissent motiver, inspirer, ou du moins conforter, d’autres gens dans leur choix de vie. Dans le fond on est des millions à rêver d’une vie plus simple et ça me parait important d’en parler. J’ai l’ambition d’écrire un livre sur ces années de voyage, mais étant actuellement sur la route, c’est compliqué logistiquement. Un blog c’est plus facile, plus accessible, rapide et presque gratuit. J’ai choisi d’écrire ici comme un prélude à mon futur récit de voyage.

Je me sers aussi de ce blog comme ‘’carte de visite’’. Il m’a déjà permis d’animer une conférence sur le voyage alternatif, d’être invitée à rencontrer plusieurs voyageurs, de présenter mes vidéos dans une école… Cette page est un moyen de montrer ce que je fais aux gens.

Je ne gagne pas d’argent avec ce blog. Je n’ai jamais fait de démarche dans ce sens, principalement parce que je sais que c’est une activité qui demande beaucoup de temps, et sur la route je n’en ai pas. Peut-être qu’un jour j’y consacrerais plus d’énergie pour en dégager une partie de mes revenus, mais pour l’instant j’essaye surtout de créer du contenu.

J’ai créé moi-même ce site web en passant par WordPress. Le logo et les illustrations que vous pouvez y trouver ont été réalisées par Sylvain Rossel.

Blog voyage blog voyage blog voyage

Quelle leçon tires-tu de tes voyages ?

Je crois qu’à la base, je suis partie parce que j’avais besoin de découvrir qui j’étais. J’entends, comprendre ce pour quoi je suis faite, qu’est ce qui fait mon bonheur et quelle place est la mienne sur la croûte terrestre. Ce que Spinoza appelle ‘’découvrir sa nature profonde’’. Pour cela, il fallait que j’aie chercher au-delà des conditionnements, de mon éducation socio-culturelle, des convenances, de ce que l’on attendait de moi et des limites que je croyais être les miennes. Il fallait que je trouve le chemin qui me ramène à moi. Et ça s’est traduit par plusieurs années de voyages en solitaire.

Dans le fond, voyager c’est être sale et fauchée, mais tellement plus heureuse.

A force d’être seule, j’ai appris à penser par moi-même et à me protéger du jugement des autres. J’essaye de ne plus avoir peur des reproches ni des critiques, du ridicule ou des méprises. Plus généralement, de l’opinion qu’on peut avoir de moi, qu’elle soit fondée ou non. Cette liberté et ce temps de réflexion m’ont permis de prendre un réel recul avec la société. J’ai révisé presque l’entier de ce que j’avais appris durant les vingt premières années de ma vie. Notamment la peur de tout, mais aussi mon rapport à l’argent, au travail, aux rapports humains… Plus généralement au sens de la vie.

J’apprends peu à peu à laisser cette même liberté de penser aux autres. Je vois bien que je prends plus de plaisir à comprendre les gens qu’à les juger, j’ai perdu l’habitude de me comparer et la paix m’importe plus que d’avoir raison. J’ai appris à mettre de côté l’égo et l’amour-propre.

Je n’obéis plus qu’aux règles qui me sont propres, et aujourd’hui, j’ai compris que je pouvais me construire hors de tout cadre défini, une vie inspirante, harmonieuse et qui me plait. Une vie que je n’échangerais contre aucun paradis.

Je crois que c’est ça qui restera le plus ancré en moi : j’ai recouvré mon inestimable liberté d’être.

Comment vois-tu l’avenir ?

❥ ❣ ❦ Beau et beau et beau  ♥ ❤ ❧

On ne battit rien sur une faille, et le fait d’avoir pris le temps de me connaître, de mettre de l’ordre dans mes envies et mes besoins, est un merveilleux point de départ pour l’avenir.

Il y a cette phrase de Simone de Beauvoir (encore elle), qui exprime beaucoup de mon ambition :

Que faire ? Il y avait tout à faire ; tout ce qu’autrefois j’avais souhaité faire : combattre l’erreur, trouver la vérité, la dire, éclairer le monde, peut-être même aider à le changer. Il me faudrait du temps, des efforts pour tenir ne fût-ce qu’une partie des promesses que je m’étais faites : mais cela ne m’effrayait pas. Rien n’était gagné : tout restait possible.

Dans mon esprit, pour achever mon tour du monde, ce voyage doit durer encore deux ans. Je veux dire, pour géographiquement faire le tour du monde. Après, est-ce que l’année prochaine je n’aurais pas envie de rentrer ? Ou même, est-ce que tourner autour du monde aura encore un sens ? Ou est-ce que je voudrais découvrir une région particulière plus profondément ? Je ne crée pas d’itinéraire parce que je me connais, mais dans mon état d’esprit actuel, je pense ne pas rentrer avant deux ans. Aujourd’hui, mon objectif est de rejoindre la Nouvelle-Zélande pour y marcher six mois (le Te Araroa Trail). Et donc, je devrais être en octobre 2018 au départ du trek, pour des raisons de climat. Après ça, on verra.

Premier trek en solitaire – Sept jours de marche en Dominique.

Il y a plusieurs passions personnelles qui m’animent, comme l’écriture, le théâtre, la musique, dans lesquelles j’aimerais m’investir plus librement. Ma vie sur la route me restreint actuellement, mais je pourrais m’y adonner au retour.

Donc oui, je pense rentrer un jour. On me demande souvent si je vais passer toute ma vie à voyager. Ma réponse est que le voyage et l’aventure feront toujours partie intégrante de ma vie, c’est certain. C’est une sorte d’expression et d’apprentissage. C’est le moyen que j’ai choisi pour donner à mon existence de la plénitude et de l’ampleur, et j’en avais besoin pour grandir. Mais la vérité est que la personne que je suis va bien au-delà de mon mode de vie nomade. Le voyage n’est pas la vie, mais un moyen d’exaltation de la vie, un moyen d’en saisir sa beauté, sa gravité et son importance.

Il me faudra beaucoup d’attention, de courage et de volonté pour protéger fidèlement, en rentrant à la maison, ce qu’il y a de plus précieux en moi : mon amour pour la vie, pour l’indépendance de la pensée, ma curiosité et mon envie d’écrire. Mis bon, au pire, si j’oublie tout, je repars !

J’ai de nouveaux rêves qui poussent, parfois d’aventures sur des routes, d’autres fois en Suisse pour des projets qui me tiennent à coeur.

  • L’un de mes prochains défis va être de construire un pied à terre en Europe. En Suisse ou en France (mais plutôt en Suisse). J’aimerais disposer d’un lieu pour créer des choses. J’imagine un grand terrain avec une partie de forêt, un petit habitat écologique, des stages d’immersion en nature pour les enfants ou adolescents ‘’à problèmes’’, des ateliers de voyage alternatifs pour adultes, de la permaculture pour être autosuffisante et assez de place pour accueillir des voyageurs à mon tour. J’aimerais aussi, enfin, avoir le temps de profiter pleinement des gens que j’aime, de ma famille et de mes proches, que je ne vois que trop rarement depuis trois ans.
  • Et parallèlement, j’aimerais apprendre à dresser des chiens de traineaux pour partir comme Nicolas Vanier en expédition, apprendre le massage thaï et la médecine chinoise, apprendre à chasser, à travailler le cuir. Voyager pour apprendre différentes techniques à travers le monde, et devenir autonome dans un maximum de domaines.
  • Et puis, j’aimerais découvrir l’Afrique, voir comment ils vivent en Birmanie, aller rencontrer des inuits et danser à Cuba. Bref, je n’en ai pas fini d’explorer.

L’une des entreprises fondamentales de ma vie et de m’approprier le monde. J’aimerais me sentir à ma place et à l’aise autant à l’autre boût du monde qu’en Suisse, autant sur la route que dans la sédentarité, dans le luxe comme dans la bohême. Quoi qu’il arrive, je refuserais toujours la lourdeur des matins qui n’annoncent aucune joie, et les retours, le soir, la fatigue émotionnelle, les jambes qui tirent et la caisse à ordures qu’il faut encore aller vider.

J’espère que l’avenir sera plein de couleurs brûlantes, de découvertes et d’ambitions toujours renouvelées.

 

Soyons heureux, bordel !

6

 goûts / 18 Commentaires
Partager cet article:

Poster un Commentaire

18 Commentaires sur "FAQ – Je réponds à vos questions"

Me notifier des
avatar
Trier par:   plus récents | plus anciens
sab
Invité

Hooola ! Merci pour cette foire à questions 🙂
J’en ai d’autres… J’aimerais moi aussi faire mon propre blog. Je pense utiliser WordPress, mais pour avoir son propre nom de domaine, pas de publicités, etc, c’est payant. Du coup, je me demandais comment tu faisais ? Également, si tu passais par un hébergeur et si oui, lequel ?
Merci de partager tes aventures en tout cas, ça envoie du rêve, profite !!

annajo janisz
Invité
Merci de ce témoignage passionnant et qui donnera, à tous les coups, plein d’idées et — je l’espère ^^ — du courage et de l’audace à tous ceux qui comptent se lancer dans pareille aventure ou, tout siplement, partir loin, seul, sans vraiment de « point d’ancrage » ni de plan. L’argent offre le confort c’est indéniable. La sécurité ? C’est sujet à débat. C’est comme tu l’écris, une sécurité illusoire. Parce que si l’on n’a pas la sécurité à l’intérieur de soi à travers la confiance qu’on accorde à autrui et aussi à soi-même, on ne se sentira jamais vraiment en… Read more »
Karine
Invité

J’aimerais savoir si ces possible de le faire en famille selon ton expérience et celle des gens que tu as rencontré lors de tes voyages? 🙂

Audrey
Invité

Merci pour cet article super intéressant ! Petite question: comment abordes-tu les gens quand tu veux leur demander de l’aide? (pour manger, dormir…)

CHANTAL
Invité
Bonjour, juste un mot pour commencer : « MERCI ». J’ai du mal à choisir mes mots après les vôtres, si essentiels. Ils ont touché à l’intime de moi, des lieux que j’ai tu pendant tant d’années tandis que mon cœur s’accrochait à la vie pour en célébrer le plus beau, le partage, les émotions, l’amour, la tendresse, la richesse de la différence et, transmettre, remettre à autrui, faire passer. locution à double sens, je l’assume. Je suis heureuse que votre force intérieure vous ait poussée si jeune vers cet ailleurs au cœur de vous-même. Vous avez raison « au pire, si j’oublie… Read more »
Astrid
Invité

Coucou toi! Merci pour la mention c’est adorable! Et contente de lire que tout va bien pour toi! J’espère te recroiser un jour je ne sais où, et en attendant prends bien soin de toi… Je t’embrasse

Cindy\'s Travel diaries
Invité

Merci pour ces partages !!

Ben Marion
Invité
Hello, je rentre tout juste d’une transatlantique, je me retrouve en centre-ville de Bordeaux dans mon appartement et j’ai la sensation que c’est une autre personne qui a traversé l’Atlantique ! Ca me fait du bien de lire ton blog, j’ai la sensation que ça me rappelle qui je suis et je trouve que tu as une belle plume. J’aimerai te poser la question suivante : « Est-ce que tu es déjà tombé amoureuse en voyage ? Est-ce que parfois tu ressens le manque d’une histoire d’amour ? » Il se pourrait que j’ai en réalité posé deux questions… Bon vent à… Read more »
Frederick
Invité
Bonjour bonjour, Tout d’abord merci pour ton blog, les anecdotes, les infos et l’envie de repartir que tu transmet!! J’ai pas encore pris le temps de tout lire, mais j’admire déjà le courage que tu as (pour ne pas dire « t’as des couilles meuf! »)! Ce qu’il m’empêche de partir seul c’est l’appréhension (en fait je les crains) des moments de solitude. J’ai voyagé pendant 4mois au Mexique et au Guatemala mais je étais avec mon meilleur ami… Les 15 derniers jours j’ai fini mon périple seul et angoissé (le fait d’être seul a beaucoup joué mais aussi mon frérot qui… Read more »
Nicolas
Invité
Kia ora! J’ai découvert ton site il y a quelques temps, mais j’ai seulement pris le temps de le parcourir ces derniers jours. Tout d’abord, je tiens à te remercier pour ces partages, de sentiments, d’informations, allant de l’anecdote au précieux conseil. Tu dis q’un jour tu aimerai t’ « exprimer dans une œuvre qui aiderait les autres à vivre plus librement ». D’une certaine manière, cette oeuvre tu l’as déjà commencée, et quel régal! Donc merci encore 🙂 Tes articles, ta FAQ, ainsi que tes vidéos me sont très instructifs. Pour des raisons, non pas identiques aux tiennes, mais dans une… Read more »
Nicolas
Invité

Désolé, tu as déjà écris un guide pratique très complet sur le bateau-stop 😉

wpDiscuz

Archives

> <
Jan Feb Mar Apr May Jun Jul Aug Sep Oct Nov Dec
Jan Feb Mar Apr May Jun Jul Aug Sep Oct Nov Dec
Jan Feb Mar Apr May Jun Jul Aug Sep Oct Nov Dec